MAPIUKE
creación 2026[Voyage d'exploration sur les terres Mapuche]
— de/por Julia Robert, Julien Desailly et Alan Regardin
Création musicale collective d’un ensemble de musiciennes et compositeur·rices franco- mapuche, mêlant musique traditionnelle mapuche et musique expérimentale.
Mapiuke est un projet de recherche et de création musicale qui vise à réunir des musicien·ne·s issus des scènes expérimentales françaises et des artistes ancré·e·s dans la tradition musicale mapuche (Chili/Argentine). À la croisée des musiques de transe, de rituels et des pratiques électroacoustiques contemporaines, Mapiuke explore les formes de coexistence sonore et culturelle à travers une création collective, transnationale et profondément humaine.
Le projet interroge les notions de mémoire, d’identité métisse (champurria), de transmission orale et sonore, et de cohabitation des langues, des sons et des mondes. Il ne s’agit pas de fusionner les esthétiques ou d’intégrer une culture dans une autre, mais plutôt d’engager une écoute active, un déplacement respectueux, et une expérience de résonance partagée. Ce processus implique de se laisser transformer par la rencontre, de chercher un terrain d’échange poétique et sensible, où les voix, les sons, les instruments et les histoires cheminent côte à côte, sans hiérarchie.
Le projet repose sur un noyau artistique constitué du trio formé par Julia Robert, Alan Regardin et Julien Desailly. Ce trio, au cœur de la recherche sonore, s’engage dans l’écriture musicale et la composition collective. Le travail se développera à partir d’une exploration des sonorités liées à la culture mapuche : écoute, rencontres, collecte sonore (field recording), et recherche autour des instruments et des paysages sonores.
La première résidence de recherche initiera un processus à long terme, posant les bases d’un langage commun et permettant de tester des croisements instrumentaux (trutruca/ñolkin/trompette, pifilka/flûtes, kultrún/bodhrán/tambour) tout en faisant émerger une dynamique de groupe. Une dimension importante sera d’explorer la fabrication d’instruments sur place, notamment les flûtes et percussions traditionnelles. Grâce aux connaissances en facture instrumentale de Julien Dessailly, le trio aspire à rencontrer des artisan·e·s mapuche, découvrir leur savoir-faire et, si cela est possible et respectueux, accéder à leurs techniques de fabrication. Cela inclura la recherche de matériaux locaux et la compréhension de l’influence de la nature sur la création sonore.
Une attention particulière sera accordée à l’approche anthropologique, essentielle pour saisir les nuances culturelles et sociales des pratiques musicales mapuche. Le trio s’engagera à documenter ces interactions, à tisser des récits et à enrichir le projet par une réflexion ethnographique sur la musique et son rôle dans la culture mapuche.
La dimension du soin est centrale dans ce projet, en résonance avec les pratiques des Machis, guérisseur·euses mapuche qui soignent à travers les sons, les chants, les tambours, les plantes et les rituels. Cette attention au soin se retrouve aussi dans l’équipe artistique : Alan Regardin explore la médecine traditionnelle chinoise et intègre à sa pratique musicale une approche énergétique et sensorielle. Julien Desailly, profondément connecté aux éléments naturels, développe une relation sensible à la matière, notamment au bois et à la fabrication d’instruments. C’est pour ces résonances humaines et sensibles, au-delà de leur parcours musical, que j’ai souhaité les inviter dans cette recherche.
Le trio souhaite également entrer en dialogue avec des artistes mapuche pour enrichir la création par un échange artistique et culturel. Nous envisageons notamment des collaborations avec Daniela Millaleo, chanteuse mapuche reconnue, mais également anthropologue spécialiste de la culture Mapuche ; et Francisco Moreira Vñvm, musicien et compositeur engagé dans la transmission et la valorisation des traditions musicales mapuche, avec une approche reliant pratique musicale et réflexion ethnomusicologique.
Ces collaborations ouvrent le projet à une dimension interculturelle, nourrissant la création du trio à partir de rencontres artistiques et humaines.
L’ambition finale est de réaliser une création in situ au Chili en 2027, avec des temps de résidence dans les communautés mapuche, et de construire ensuite un pont artistique entre les deux continents.
GENÈSE ET DÉMARCHES ARTISTIQUES
Le projet Mapiuke s’inscrit dans le prolongement du solo alètheia, né dans un moment de bascule intime, de traversée, où l’élan artistique s’est fait nécessité vitale. Dans un enchaînement d’épreuves personnelles, j’ai ressenti le besoin impérieux de me reconnecter à mes racines, à un ancrage profond, à quelque chose de plus vaste que moi. C’est ainsi que j’ai découvert que mon arrière-grand-mère maternelle était Mapuche – littéralement le peuple de la terre (Mapu = terre / Che = peuple).
Cette révélation m’a ouvert un chemin à la fois artistique et spirituel. J’y ai trouvé des réponses aux questions qui me traversaient : comment prendre soin de soi, des autres, de la terre ? Comment créer dans une perspective de réparation, de lien, de réenchantement ? Le chant mapuche, très présent dans la tradition, est un chant de guérison. Le tambour : kultrún, pilier sonore et rituel de cette culture, est utilisé par les machis (guérisseur.euse.s) pour soigner en lien avec les plantes, le chant, le rythme et les cycles naturels.
Je suis altiste de formation classique, mais j’ai très tôt cherché d’autres voies – celle de la voix, de l’improvisation, des sons étendus, des textures électro-acoustiques. Avec alètheia, j’ai commencé à détourner mon instrument de prédilection, la viole d’amour, à y intégrer des objets, des pédales d’effet, et à façonner un langage sonore hybride, entre tradition réinventée, introspection vibratoire et transe contemporaine. Ce solo m’a permis de traverser un enfer intime et de toucher – je crois – le cœur des personnes qui l’ont écouté en France, en Europe et récemment au Chili, où il a été très bien accueilli (notamment par les Mapuche).
Mais je sentais qu’une suite devait ad- venir. Quelque chose de plus vaste, de plus collectif. Mapiuke naît donc de ce désir de retour aux racines – pas seulement personnelles, mais aussi culturelles, politiques, spirituelles. Il ne s’agit pas d’un projet folkloriste ni d’une récupération identitaire : il s’agit de tisser un lien sincère, respectueux, avec une culture dont je suis issue, sans l’avoir connue directement, mais que j’approche avec humilité, écoute et curiosité.
Le projet vise à rassembler une équipe artistique transnationale, avec des musicien·nes français.es & mapuche, pour entamer une recherche sonore profonde : inspirée des instruments traditionnels (kultrún, pifilkas, trutruca, ñolkin, txompe, cascahuillas...), des rituels, des chants, mais aussi ancrée dans nos langages contemporains – électroacoustique, improvisation, expérimentation.
J’ai déjà initié un premier voyage au Chili, rencontré des artistes et activistes Mapuche, partagé ma musique là-bas. Et je souhaite désormais aller plus loin, notamment en territoire Mapuche (Wallmapu), pour m’imprégner des pratiques vivantes, créer des liens durables, transmettre et co- construire un nouveau récit musical avec les personnes rencontrées.
Coproducciones
- • (en cours)
- • Athénor – CNCM (Centre national de création musicale) de Saint-Nazaire
- • La Fondation Royaumont – Centre International pour les artistes de la musique et de la danse (Asnières sur Oise)
- • Centre international des musiques nomades & le Festival Les Détours de Babbel
- • Le GMEM – CNCM (Centre nationale de création musicale) de Marseille)
- • Le CERC – Centre de création musicale de Pau
- • Sound Arts Center (Buenos Aires - Argentine)
- • La Villa Grimaldi (Santiago - Chili)
- • Le Musée de la mémoire et des droits de l’homme (Santiago - Chili)
- • Festival Acéfalo (ValParaiso & Limache - Chili)
Ayudas financieras
- • (en cours)
- • L’Institut Français - appel à projet ECHOS
- • ONDA - aide à la tournée
- • La DRAC IDF - aide à la composition
- • La MMC - aide à la production & la diffusion